CE FAMEUX NUMÉRO 100...
(éditorial de François Vauvillier écrit le 15 mars 2012 pour GBM 100)
Ah ! J’entends déjà les remarques. Que dis-je ? Je les ai déjà lues sur un forum ami. Mais non, ce numéro 100 n’en est pas un, puisque la formule
GBM —
consommez français, c’est très tendance en ce moment — n’a été inaugurée qu’au numéro 74, après que les 73 premières parutions du magazine aient connu, sous une direction précédente, une orientation pluraliste.
C’est exact. Mais quelle eût été la justification de faire d’un numéro 27 un
numéro d’exception ?
Avec 100, voilà un compte rond. Les choses ont de l’allure. Pourtant, ce ne sont pas 100 engins que vous trouverez dans ces pages — comme j’en avais eu le dessein initial — mais 300 ou presque. Certes en comptant les principales variantes plus une petite dizaine de matériels blindés étrangers ayant fait un séjour — ou juste la réservation — sous nos drapeaux, ainsi qu’une grosse vingtaine d’avant-projets n’ayant pas donné lieu à réalisation, sélectionnés parmi un nombre indéfini.
De quoi s’agit-il précisément ici ? D’une étude exhaustive sur les blindés français ? Bien sûr que non, il y faudrait 10 000 pages, et n’en voici que (?) 116. C’est donc à un
répertoire panoramique, un
catalogue raisonné — et un
index récapitulatif de surcroît — que je vous invite. Certains des sujets listés et rappelés ici vous sont déjà très familiers, fidèles lecteurs de GBM : ils ont fait l’objet d’études techniques ou historiques détaillées dans tel ou tel de nos 26 numéros précédents. Mais tant d’autres, à peine esquissés, sembleront atrocement courts, frustrants même par leur si brève évocation.
N’ayez crainte : quantités d’articles sont en préparation. Certains, déjà pratiquement achevés, n’attendant plus que le traitement graphique pour paraître dans
GBM. Sans dévoiler tous les secrets de la rédaction, je puis vous annoncer l’imminence d’une grande étude sur les chars lourds et « super-lourds » et la suite de la saga des engins blindés de franchissement, parmi de nombreux autres sujets dans les tuyaux.
Pour bien mesurer la relation qui existe entre un guide-répertoire et une étude exhaustive, regardons chaque engin à travers une jumelle de grossissement de x 10 à x 300 : par exemple l’AMD « Laffly-Vincennes » méritera bien 10 pages dans un futur article. Et le char B, qui a la part du lion ici avec ses trois (?!) pages, finira par en peser 1 000, bataillon par bataillon, au fil des années.
Mais chaque chose en son temps. Pour l’heure, trois mots ouvriront ce numéro : suivez le guide.
NB. Mes excuses à vous tous, amis lecteurs. J’avais pensé pouvoir sortir ce numéro 100 entre deux numéros normaux. En fait, la tâche s’est révélée trop considérable pour le boucler en six semaines. Il m’en a fallu le double. Tant pis, les choses méritent le temps qu’on leur consacre. Merci de votre patience.
LA GERMANOPHOBIE...
(éditorial de François Vauvillier écrit le 15 décembre 2011 pour GBM 99)
Un coup de gueule pour commencer. Certes, le contenu même de GBM nous conduit, dans chaque numéro, à rappeler ce qui a opposé la France et l’Allemagne dans deux effroyables conflits. Certes dans nos pages, l’Allemagne, c’est l’ennemi, voilà un fait. Mais nos pages appartiennent à l’Histoire, voilà un autre fait.
Aujourd’hui, entendre, dans la bouche de personnalités politiques médiatisées, des mots ou des expressions qui renvoient, pour demain, aux vieux démons d’avant-hier, me fait horreur.
Allons ! Il n’y aura plus de grandeur française sans l’Europe. Et il n’y aura pas d’Europe sans la plus étroite, la plus intime cohésion entre la France et l’Allemagne. C’est un destin qui se joue en ce moment pour nos vieux peuples d’Europe. Ceci laisse toute sa place à l’Histoire mais aucune au passéisme.
... ET CE QUI NOUS RASSEMBLE
Rendez-vous
samedi 11 février 2012, de 14 h à 18 h, à la librairie A&C, 8 rue de Crussol 75011 Paris, pour les
signatures-dédicaces des deux plus récents ouvrages d’H&C consacrés à 1940. Les auteurs, Érik Barbanson (La 1re DLM au combat) et Arnaud Prudhomme (Bréguet 693) vous y attendent, stylo en main. J’y serai bien sûr pour vous accueillir et passer avec vous une sympathique après-midi sur le thème qui nous rassemble. Venez nombreux, si vous voulez avec vos ouvrages sous le bras. 1 Mais vous en trouverez aussi , bien sûr, la plus large sélection sur place.
Enfin, une grande nouvelle : un numéro Cent, cela se fête, en beauté. Dans six semaines — c’est demain ou presque — vous aurez dans votre boîte aux lettres, ou sur le rayonnage de votre maison de la presse, un numéro qui fera date. Ne boudons pas notre plaisir : l’année 2012 sera fastueuse pour GBM, avec cinq numéros au lieu de quatre. Mais assez salivé sur demain. Aujourd’hui, c’est GBM 99. Le voici, pour vos Étrennes. Heureuse année 2012 à vous tous.
1. Stéphane Bonnaud (Chars B au combat) et Dominique Breffort (L’aviation française 1939-1942) feront un passage amical.
IL Y A DU GÉNIE DANS GBM
(éditorial de François Vauvillier écrit le 22 septembre 2011 pour GBM 98)
Non, ce n’est pas un péché d’orgueil (quoi que.. voir plus bas). Tout simplement, je l’annonce avec la formule qui convient, la quatrième arme fait son entrée dans nos pages autrement qu’à travers les transmissions. Voici donc un premier article de fond. Sur les ponts, ces ponts qui relient les hommes...
Mais assez pontifié. Je dois surtout vous présenter mes excuses, à vous tous amis lecteurs, pour le retard pris par ce numéro. Aucun collaborateur n’est en cause, vos illustrateurs préférés ont livré leurs splendides profils bien à temps, comme à chaque fois, merci à eux. Ce retard m’incombe, seul.
J’ai présumé de ma force de travail (le péché d’orgueil...). J’ai cru que je pourrais, tranquillement entre deux GBM durant l’été, mener à bien la supervision-réalisation intégrale d’un nouveau volume de 160 pages de L’Encyclopédie de l’armée française, consacré à La 1re DLM au combat. Ce ne semblait pas être un défi : toute la teneur rédactionnelle et les quelques 500 (!) photographies m’avaient été confiées par l’auteur de cette somme magnifique, Erik Barbanson, au début de cette année 2011. Je me faisais donc fort de gérer en un tournemain les 30 profils et les 15 cartes de l’ouvrage, et d’en programmer la sortie pour Noël.
Résultat : l’objectif est (presque) atteint. C’est-à-dire qu’il ne l’est pas tout à fait, et que vous devrez attendre — si peu — les Étrennes de janvier 2012 pour vous régaler de cet ouvrage d’un intérêt exceptionnel.
Entretemps, la réalisation de GBM 98 a pris un peu de retard et voilà pourquoi ce numéro ne paraît que début octobre, au lieu du 30 septembre.
Un mot pour finir, concernant notre couverture. L’accroche accompagnant notre logo a changé. Après réflexion, en laissant de côté quelques formules certes séduisantes telles « le magazine de la motorisation à la française » (l’une de mes favorites mais cela exclut les chevaux et c’était dommage) ou « le magazine du génie » qui eut pu être interprêté comme immodeste, il m’est apparu que la simplicité s’imposait. Aujourd’hui, votre magazine favori annonce encore plus la couleur : « 1914-1940, l’armée française ». Mais bien entendu, et cela désormais ira sans dire, GBM demeure, dans son domaine d’histoire militaire technique, LE magazine de l’inédit.
Je vous en souhaite une excellente lecture.
LA MÉMOIRE BIEN VIVANTE
(éditorial de François Vauvillier écrit le 17 juin 2011 pour GBM 97)
Roger Avignon nous a quittés. Dans sa 96e année, notre grand ancien a fait son adieu aux armes, après six décennies d’un inlassable travail d’historien sous le signe de la plus exigeante rigueur.
Adieu aux armes dans tous les sens car, si Roger Avignon est connu de la communauté des passionnés pour l’acuité de ses recherches historiques, il était aussi un combattant de l’extrême avant en 1940, maréchal des logis au 93e GRDI, parmi les premiers au feu, chef de peloton d’éclaireurs motocyclistes. Le voici en Belgique le 10 mai, puis au bois du Mont-Dieu, sur le canal des Ardennes et à Tannay où, le 24 mai 1940, se jouera l’ultime journée de sa propre campagne.
Mais si notre ami n’est plus, le souvenir des combattants de Quarante demeure et demeurera.
Nos lecteurs le savent, la mémoire dont GBM s’est vouée à être le support est, en premier lieu, celle des troupes motorisées. Ceci tient à la substance même de nos recherches, qui nous portent à mettre en lumière la réalité du
moteur combattant et des hommes qui l’ont servi. Or ces forces mobiles se trouvaient incarnées à la perfection en la personne de Roger Avignon puisque celui-ci, ayant appartenu à la cavalerie motocycliste de 1936 à 1940, a ensuite œuvré sans relâche, autant pour la mémoire des unités et des personnels des chars de combat, que pour celle de ses anciens camarades, les cavaliers du 20e dragons de Limoges qui firent campagne en 1939-1940 au sein de différents groupes de reconnaissance.
Paradoxalement, l’œuvre mémorielle de Roger Avignon est beaucoup plus connue pour le volet des chars — en particulier les B 1bis — que pour la cavalerie motorisée, pourtant le creuset de ses premières années d’homme et à laquelle il a gardé, toute sa vie, l’attachement le plus vif.
Aussi, pour affermir le souvenir de notre ami disparu, c’est tout naturellement vers cette page de sa propre histoire que nous nous sommes tournés. Nous vous proposons donc dans ce numéro les bribes de souvenirs cavaliers de Roger Avignon, avant et pendant la campagne.
Paradoxalement, cet homme si prolixe en détails historiques rigoureux concernant ceux qu’il a connus —
« ça ne sert à rien d’écrire si ce n’est pas pour être précis », me disait-il — a laissé peu de témoignages le concernant personnellement. Nous avons réuni dans ce numéro, pages 54 à 63, les fragments que nous avons pu retrouver, avec l’humilité qui convient à cet exercice. L’histoire du 93e GRDI — son unité combattante de 1939-1940 — reste à écrire. Nous sommes ici, tout simplement, dans le souvenir de Roger Avignon et sur le chemin de sa mémoire.
UN GESTE À LA FRANÇAISE
(éditorial de François Vauvillier écrit le 21 mars 2011 pour GBM 96)
Il est de coutume, dans les pages de GBM, de parler des choses qui nous rassemblent : l’histoire militaire de France sous la plus longue République que notre cher pays ait connue à ce jour.
Or l’actualité internationale me conduit à déroger à cette règle. Déroger ? Ce n’est pas réellement le cas puisque je vais évoquer, en somme, le même sujet, mais transposé dans le temps présent.
Oui, j’ai retrouvé la France que j’aime lorsque, jeudi 11 mars, j’ai entendu comme vous tous, — et pour ma part avec stupéfaction je dois l’avouer — notre vieux pays, seul au monde, adresser le signe le plus fort qu’il fut possible de donner aux insurgés libyens, par la reconnaissance de leur jeune mouvement et par l’ouverture de relations diplomatiques, mettant fin du même coup à une période de relations proprement ignobles avec le régime de Tripoli.
Oui, ma fierté est immense d’être un citoyen de ce pays même, dont on hisse le drapeau dans une ville menacée par le tyran.
Oui, ma joie a été profonde de voir, le 17 mars, le conseil de sécurité des Nations-Unies se rallier à la position française, de force et de droit.
Au moment où j’écris, j’ignore évidemment ce qu’il sera advenu des événements lorsque vous-même lirez cet éditorial. Et je ne préjuge pas plus de la réalité future du nouveau régime libyen, s’il parvient, avec l’aide des Nations-Unies, à dégager l’homme-aux-fleuves-de-sang.
Qu’importe. Ce qui est en question ici n’est pas le regard que nous portons sur les autres, mais celui que nous portons sur nous-même.
Il est de seconde nature, en France, de constamment chercher derrière chaque geste, chaque déclaration, chaque posture, une intention cachée, un calcul, une arrière-pensée politicienne ou économique. Sans doute cela existe-t-il.
Mais à nouveau, qu’importe. L’actualité, qui n’épargne personne en ces temps de grands bouleversements et de grands désastres (1) nous offre au moins une occasion de nous réjouir, nous, Français.
Alors oui, je l’ai saisie, cette occasion. Et sans bouder mon plaisir.
1. Pour ne pas quitter l’actualité dramatique de ce mois de mars, j’adresse ici un salut chaleureux à l’un des collaborateurs les plus réguliers de GBM, dont vous appréciez la signature graphique dans chaque numéro, à de nombreuses pages : notre ami Laurent Lecocq, citoyen français qui a, de longue date, choisi de faire sa vie au Japon, à Tokyo, et avec qui, à chaque numéro, j’échange force courriels en vue de la réalisation de ses profils et mises en couleurs destinés à nos articles. Pour Laurent, le bouclage de GBM 96 s’est effectué avec la catastrophe pour toile de fond. Merci à lui d’être, envers et contre tout, fidèle au poste.
MOTS POUR LA FRANCE
(éditorial de François Vauvillier écrit le 17 décembre 2010 pour GBM 95)
En apprenant par hasard, à la TSF, que l’enseignement de l’Histoire de France risquait de se voir amputé de Napoléon et de Louis XIV au bénéfice de précieuses leçons relatant les très riches heures de l’Empire du Songhaï ou de celui du Monomotapa — puissant facteur d’intégration à la communauté nationale comme l’on a tout lieu de s’en féliciter — je me suis dit, in petto, que notre démarche dans GBM n’était pas entièrement vaine.
Comme beaucoup d’autres, dans notre coin, patiemment, sans désemparer, nous agissons un peu comme la voiture-balai derrière le tour de France, ramassant les épuisés, étanchant la soif des blessés (« Donne-lui tout de même à boire, lui dit mon père », Victor Hugo), réconfortant les découragés.
Voici donc venu le temps des communautarismes. Bienvenue, en ce cas, dans le communautarisme de France, dont une succursale de saine renommée est ouverte ici même, à tous les citoyens de bonne volonté et à tous ceux qui, de par le vaste monde, aiment notre pays, notre langue et notre Histoire.
À propos de communautés, s’il en est une qui me tient à cœur, c’est celle des chercheurs, des historiens éclairés, des pinailleurs de l’Histoire — je m’honore d’en faire partie — qui, par leurs inlassables recherches, font avancer chaque jour la limite des connaissances réputées acquises. J’aime ce perpétuel mouvement. Il me fait rappeler que, l’Histoire a beau avoir eu lieu une fois pour toutes, elle est constamment à écrire, réécrire et documenter, chaque lumignon niché dans une anfractuosité concourant à vaincre l’obscurité de la cité disparue.
Parfois — et même souvent —, l’écriture de tel ou tel point donne lieu à interpétrations divergentes. C’est le cas aujourd’hui dans GBM, à travers les Libres propos successifs parus dans le précédent numéro et dans celui-ci. Il est bon que nos pages s’ouvrent ainsi à l’expression de chercheurs de valeur. Mais la parution trimestrielle se prête mal à des joutes réitérées ; aussi le sujet en question, s’il doit se poursuivre, sera-t-il désormais relayé sur la grande toile (dans la section GBM du forum www.atf40.fr). Notre rubrique Libres propos reste bien sûr ouverte à tous autres sujets et à tout intervenant qui, comme eux, prendra la peine de ciseler ses mots pour parfaire l’expression de sa pensée.
Ah, ciseler ses mots... Pas facile lorsqu’il faut annoncer une augmentation du prix de votre magazine de chevet, que dis-je, de cette véritable encyclopédie trimestrielle que constitue GBM. Mais je sais que vous mesurez à sa valeur la somme documentaire représentée par la parution de votre revue favorite. Et ce numéro-ci ne déroge pas à la règle : le magazine de l’inédit, décidément, résolument.
MISES EN ORDRE
(éditorial de François Vauvillier écrit le 21 septembre 2010 pour GBM 94)
Notre politique rédactionnelle née à la rentrée 2006 — proposer une documentation historico-technique sans faille sur l’armée française de 1914 à 1940 — fête ses quatre ans d’existence.
Cet anniversaire encore modeste méritait que je fouille dans ma documentation pour trouver un beau sujet à vous offrir, à vous les abonnés, fidèles d’entre les fidèles. Voilà qui est fait avec un nouveau fac-similé, cette fois sur le char léger Renault R 35, qui sera disponible courant octobre.
En vous réabonnant massivement, en vous abonnant si ce n’est déjà fait, vous assurez la pérennité de ce magazine unique et irremplaçable qu’est GBM.
Quatre ans, 21 numéros sortis, environ 1 800 pages de documentation inédite, à la présentation homogène et à l’architecture structurée. Avec ce 21e numéro de la formule GBM, la mise en ordre des données commence à faire réellement sentir sa marque, comme maints points saillants me conduisent à l’observer. Par exemples :
- sur les chars, en associant les signatures et en croisant les informations, nous proposons de nouvelles avancées dans la connaissance : d’obscurs dispositifs sont à présent documentés dans leurs moindres détails ; et la liste des chars B inconnus se réduit singulièrement, les énigmes disparaissant une à une devant l’analyse ;
- sur l’artillerie, quelle satisfaction de voir croître au fil des numéros une encyclopédie des matériels avec — aujourd’hui — ce point de plus, la convergence entre la petite histoire et la grande ;
- sur la motorisation, malgré tous les articles déjà publiés, malgré l’existence des ouvrages fondateurs, j’éprouve le sentiment que le présent Dossier panoramique constitue ce qui nous manquait jusqu’alors : la pierre de fondation sur laquelle pourra s’appuyer désormais un catalogue général de l’industrie automobile française sous l’uniforme, sur la base de son type le plus représentatif, le camion bâché.
- sur les transmissions, l’absence très momentanée d’Aimé Salles et la présence d’un petit article-interlude montrent à quel point aussi le sujet est approché dans son entièreté.
Autant de mises en ordre que nous avons entamées il y a quatre ans et qui sont en chemin, tant il reste à écrire et à documenter. Nous poursuivons donc cette œuvre encyclopédique collective qu’est GBM, d’une part avec l’immense plaisir que procure sa réalisation, d’autre part avec le sentiment, la certitude même, que ce travail est apprécié et qu’il contribue à développer les passions historiques les plus salutaires, celles qui touchent au patrimoine national et à la mémoire de nos pères.
BILAN À CHAUD
(éditorial de François Vauvillier écrit le 18 juin 2010 pour GBM 93)
Le bilan que l’on peut dresser, à chaud, de ce 70e anniversaire n’est pas mauvais.
Je ne parle pas ici de la passion, chaque fois renouvelée, qui vous anime, chers lecteurs (1). Je ne parle pas de la foi, de l’entrain et du cœur extraordinaires qu’ont mis tous les participants aux commémorations de mai et de juin, à qui ce numéro 93 réserve — c’est justice — une dizaine de pages, et à tous ceux qui ont organisé expositions, conférences et événéments divers, si modestes puissent-ils paraître.
Ce qui a été fait par vous, par nous, a été une œuvre utile, utile pour l’édification du public, utile pour la mémoire de nos anciens. Et bien sûr nous recommencerons. Chaque année pourquoi pas, car 2020 semble loin. En tout cas dans chaque numéro de GBM, nous continuerons de montrer en images, de relater, de faire comprendre.
En disant que le bilan n’est « pas mauvais », je veux parler de celui des grands médias. Certes, un certain nombre de poncifs a encore été lu, vu et entendu. Mais il y a eu aussi une certaine instillation de l’idée que l’armée française dans son ensemble ne s’est pas évaporée en mai-juin 1940, qu’elle a fait payer à l’ennemi sa victoire.
On ne saurait demander l’impossible. Soyons optimistes, voyons le verre à moitié plein et continuons, en toute bonne occasion, d’enfoncer le clou.
EQUILIBRE NATUREL
À présent, je veux dire un mot à ceux des lecteurs de GBM qui sont des passionnés du matériel français de la Grande Guerre. Après la parenthèse du précédent numéro, spécial à tous égards, voici le retour à l’équilibre naturel des sommaires avec trois beaux sujets sur 1914-1918.
Je dis bien « équilibre naturel » car, à aucun point de vue, il n’est possible, pour comprendre ce qu’a été l’armée française de la IIIe République dans ses aspects matériels, de négliger l’un quelconque de ces éléments formant un tout. Comment ce chef d’œuvre de mécanique qu’a été le 155 du chef d’escadron Rimailho a-t-il été empêché d’être plus présent sur le champ de bataille en 1914, et pourquoi tire-t-il si court ? De quel chemin sinueux est sortie la première des automitrailleuses françaises de grande série à tourelle ? Pourquoi l’armée française a-t-elle redécouvert, en son temps, les vertus du pigeon voyageur ? Autant de questions qui trouvent réponses et illustrations — et quelles illustrations — dans les pages de GBM. Naturellement.
(1) Et je n’oublie pas, au premier rang des lecteurs, chacun des auteurs qui lit et relit son article avant parution, vérifie chaque phrase et chaque information, afin que soit donnée, au départ à l’imprimerie, la version la plus aboutie possible au regard de la documentation disponible.
VU DE FRANCE
(éditorial de François Vauvillier écrit le 19 avril 2010 pour GBM 92)
Ce 70e anniversaire inviterait-il les Français à revisiter leur mémoire, ou la mémoire de leurs pères, de nos pères ? En tout cas, nous sommes servis, l’événement en est bien un, tout au moins en ce qui concerne les publications de presse et de livres ainsi que les diverses émissions et chroniques qui se déroulent déjà ou s’annoncent dans les média audiovisuels.
Nous avons, pour notre part, voulu donner un relief particulier à ce numéro. Ainsi, nous convions nos lecteurs réguliers à diverses réflexions sur 1939-1940 et sur l’avant-guerre (1) qui outrepassent le cadre usuel de notre propos rédactionnel. Et à tous ceux qui nous découvrent parce qu’ils ont été sensibilisés au sujet par les média, ou simplement interpellés par notre couverture, je souhaite de tout cœur la bienvenue dans les pages de GBM.
Sachez tout d’abord que notre, votre, magazine, s’intéresse de manière permanente, non pas seulement circonstancielle, au drame de 1940.
Notre ligne rédactionnelle consiste à traiter de la question, sous ses différents aspects, en veillant à porter un regard franco-français, le cas échéant franco-allié, sur la problématique du début de la Seconde Guerre mondiale. Ce point est de principe. Il repose sur la constatation que l’étude de l’immense conflagration accorde, d’une manière partout générale, la part du lion aux puissances que sont l’Allemagne d’une part, les Alliés dans la seconde moitié de la guerre, d’autre part. « Les choses étant ce qu’elles sont », GBM se fixe, depuis bientôt quatre ans de parutions, un objectif de rééquilibrage global. Votre magazine représente donc, dans la presse francophone spécialisée, la voix de la France — et la voie de la France —à une certaine période de son histoire militaire.
1940, LA GUERRE FOUDROYANTE
Mais nécessairement, à travers cette démarche, transparaît l’ombre de celui par qui le malheur est arrivé. Abordant l’ennemi d’alors en filigrane, travaillant sur la vision qu’on en avait en France à l’époque, qu’elle n’a pas été ma surprise de découvrir, au hasard d’une note de bas de page, une traduction inhabituelle du mot Blitzkrieg. En juin 1939 (vous avez bien lu, en juin 1939), un auteur français proposait, à côté du guerre-éclair aussi classique que peu explicite, une traduction lumineuse de sens : la guerre foudroyante. Cette formule d’excellent français me va bien.
(1). Je présente mes excuses à ceux de nos lecteurs passionnés par les armées françaises de la Grande Guerre. Ce numéro étant tout entier consacré au 70e anniversaire de la campagne de mai-juin 1940, ils n’y trouveront pas leurs sujets de prédilection. Ceux-ci seront de retour dès le prochain numéro.
POUR MÉMOIRE
(éditorial de François Vauvillier écrit le 16 mars 2010 pour GBM 91)
Les journalistes, les gens de communication, les politiques, la société en général, nous tous, aimons les comptes ronds, les chiffres ronds. Surtout en matière d’anniversaire.
Avec 1940, avant même de parler de commémoration, nous sommes déjà servis par le millésime : ce zéro final a quelque chose de ponctuant. Comme si cela devait arriver, comme si notre destin avait basculé sur le pivot faussé de ce cercle ovalisé.
Mais les dates sont comme les mots, on leur fait dire ce que l’on veut entendre ou ne pas entendre. Si nous étions Anglais, nous nous apprêterions à célébrer leur plus belle heure (" Their finest hour ", la bataille d’Angleterre des pilotes de la RAF) Si nous étions Allemands, nous ne célébrerions nul triomphe car cela est fort mal vu chez eux. Et si nous étions aborigènes, et bien, nous nous moquerions de cet anniversaire comme de l’an quarante.
Mais nous sommes Français, ce qui, rapporté au contexte de 1940, n’est pas la situation la plus enviable. Car d’un côté, nous avons sur les épaules ce fameux devoir de mémoire invoqué dans notre beau pays chaque jour — peut-être plusieurs fois par jour, à bien écouter —, et de l’autre, nous sommes dans l’anxiété du choix de la mémoire qui sera mise en branle pour nous formater.
Car la mémoire est plurielle. Il y a la mémoire des uns et la mémoire des autres. La mémoire qui rassemble et celle qui divise. La mémoire qui encense et celle qui condamne.
En réalité, la mémoire est un agent à haut pouvoir sélectif, au service de causes, de la même façon d’ailleurs que l’enseignement de l’Histoire est, de tous temps, un instrument entre les mains des états.
Notre mémoire à nous, ici, dans ces pages, est et sera celle de nos pères. Ce n’étaient pas tous des héros, et ce n’étaient certainement pas des salauds. C’étaient juste des Français de l’an quarante qui, aux armées, sous l’uniforme de la République, avec à la main les armes payées par l’impôt — des armes pas si mauvaises que cela — n’ont pas compris pourquoi, d’un seul coup, tout ce en quoi ils croyaient, et tout ce qui faisait leur quotidien, s’est effondré.
Nous leur consacrons, dans quatre semaines, un numéro spécial, avec notre façon à nous — à la GBM — d’illustrer et d’expliquer. Ce sera un numéro important, vous y trouverez des choses surprenantes, des approches différentes, et assurément de quoi nourrir votre réflexion.
Rendez-vous donc dans un mois, dans toutes les maisons de la presse (nos abonnés le recevront automatiquement), pour ce GBM 92 dont, en ce 70e anniversaire, je n’aurais voulu vous priver pour rien au monde.
EN CE 70e ANNIVERSAIRE
(éditorial de François Vauvillier écrit le 14 décembre 2009 pour GBM 90)
Ce n’est pas sans émotion que j’ai reçu, il y a peu, une très belle et
bonne lettre d’un ancien de 1940 (3e DLC), Fernand Barrachet, ayant
servi sur AMR 33. Lettre fort documentée et illustrée de photographies
évidemment inédites. Un petit dossier, à paraître dans notre prochain
numéro, passionnera j’en suis sûr nos lecteurs.
Ému,
oui, car nous abordons cette année du 70e anniversaire avec un
pincement de cœur : ces hommes qui ont « fait » la campagne de mai-juin
1940 ont aujourd’hui, pour les plus jeunes d’entre eux, quatre-vingt
dix printemps. Réjouissons-nous de les savoir parmi nous et
honorons-les.Certes,
« on ne célèbre pas les défaites » et il ne faut guère s’illusionner
sur une implication massive de la puissance publique en mai et juin
prochains. L’État sera, n’en doutons pas, essentiellement orienté sur
la commémoration de l’Appel du 18 juin.Cela
ne doit pas nous décourager. Parce que l’Appel du général de Gaulle
est, par nature même, le prolongement du drame en vue de renverser un
destin contraire : selon le mot de Churchill, c’était parce que cette
guerre commençait infiniment mal qu’il fallait la continuer. Les
Britanniques, c’est vrai, disposaient d’une barrière naturelle
incomparable. Ce fut la chance de toute l’Europe.Mais
ce dont nous parlons ici, c’est bien plutôt du lien fusionnel qui
existe entre la terre de France et les soldats de France. Or ce lien se
trouve rompu — disons interrompu — par le désastre militaire sur le sol
national, et c’est en cela que la société française vit atrocement mal,
aujourd’hui encore, les événements de mai-juin 1940. Il appartient aux
historiens — c’est notre vocation — de mettre cette déchirure en
perspective.En
composant et réalisant le présent numéro, tout particulièrement en
rédigeant ce grand article sur les premières automitrailleuses en
France, j’ai découvert un fait qui m’a surpris : il a existé à ce
moment-là, en août-septembre 1914, une psychose des blindés ennemis («
un millier d’autos-mitrailleuses blindées » disait la rumeur) lancés à
vive allure sur les routes, très en avant des gros de l’armée impériale
allemande, semant le désarroi et même l’angoisse dans tout le Nord-Est
du pays.Cette
psychose — car il n’y eut qu’une poignée de voitures ainsi équipées —
reposait sur une réalité : celle d’un désastre militaire qui semblait
irrémédiable avant que ne survienne le fort justement nommé « miracle »
de la Marne.En
1940, il n’y eut pas de miracle sur le champ de bataille. Cela ne
retire rien à tous ces hommes, nos pères et nos grands-pères qui, en
ces jours tragiques, ont fait leur devoir. Et souvent plus. ALLEMAGNE 40, FRANCE 2
(éditorial de François Vauvillier écrit le 15 septembre 2009 pour GBM 89)
En
1940, nous n’avons peut-être pas perdu la guerre, mais nous avons
perdu, assurément, une grande bataille. Le score est sans appel.Aujourd’hui,
sur nos petits écrans, la victoire posthume des images de M. Goebbels
est toujours aussi écrasante. Je veux parler des deux premiers épisodes
de la série colorisée Apocalypse que l’on nous a présentée, sur France
2, comme un événement, « la guerre comme nous ne l’avions jamais vue ».
Mais si, cette guerre en images, ces images de la guerre, nous les
avions déjà vues, pour l’essentiel.Soyons
positifs : qu’avons-nous revu de bien ? D’excellentes séquences, trop
rares, très émouvantes (la salle de classe de mai 1940 ou la reddition
sur le vif de l’équipage blessé et sonné du Bourrasque, par exemples)
et quelques belles scènes militaires ragaillardantes (Narvik,
l’embarquement d’un bataillon de Légion à Sidi-bel-Abbès) auxquelles
une couleur en demi-teinte, plutôt réussie — aux détails d’écussons et
de képis près — ajoute une note de proximité.Et
qu’avons-nous entendu de réconfortant ? Une voix off nous dire
que « nous avions plus de chars que les Allemands » et que « en
Belgique, ou autour de Dunkerque, nos soldats s’étaient bien battus ».Nous
devrions donc être contents, dans notre malheur. Pourtant, nous ne le
sommes pas. Non parce que le propos est très simplificateur — il l’est
forcément pour le grand public — ou que la campagne ait donné l’air de
prendre fin à Dunkerque, ou encore que les inextirpables âneries
préambulaires sur les « lanciers polonais qui chargent à cheval les
Panzer » (sur des images de chevaux d’attelage tués) nous aient agacé
plus que de coutume. Non, tout cela était si attendu, si convenu
d’avance, que le contraire seul eut eu la saveur du jamais vu.Non,
ce qui est navrant dans cette filmographie des années 1939 et 1940 — ou
est-ce dans son montage ? —, c’est qu’elle fait la part morbidement
belle à l’haïssable exhibition des forces de la nation de proie
qu’était l’Allemagne de ce temps.Il
n’a donc pas suffi de perdre la campagne en 1940. Nous continuons de la
perdre par l’image, envahie de l’ennemi vainqueur, assommante du
trop-plein des nôtres vaincus.Il reste, sur 1940, des images positives à montrer.Il reste, sur 1940, du grand cinéma à réaliser.Certes,
il n’est pas aisé de transformer 1940, sans travestissement de la
vérité, en quelque chose de présentable. Mais ce qui est difficile est
tellement plus motivant. Je, nous, vous, nous y employons.
Alors Vauvillier, vous dormez ?
(éditorial de François Vauvillier écrit le 17 juin 2009 pour GBM 88)
Parmi les nombreux courriers et courriels reçus ce trimestre, l’un
d’eux, joliment tourné, me pose deux questions d’intérêt si général
qu’il me fournit la matière du présent éditorial, ce dont je remercie
ici mon interlocuteur avec chaleur. La première de ses deux questions
est ainsi libellée :
« Je viens d’acheter le n° 5 de TankZone et je tiens à féliciter son
rédacteur en chef, ainsi qu’Histoire & Collections, pour cette
revue de très grande qualité. Je n’ai qu’un seul regret : l’absence de
l’article sur le char FT qui y était annoncé depuis le début de votre
série sur les premiers chars français (édito de GBM 86). Je n’imagine
pas que vous l’ayez passé aux oubliettes. Avez-vous déjà reprogrammé sa
publication ? »
Ah, je savais bien qu’en attaquant d’arrache-pied le chantier du fameux
Tome 4 de la Ligne Maginot (il a énormément avancé, vous l’aurez, c’est
juré, à la rentrée), tout en écrivant la moitié de ce présent numéro et
en reprenant mes études sur les casques français pour les Dossiers
Militaria, il me faudrait faire l’impasse provisoire sur au moins un
sujet. Le pauvre FT a fait les frais de mon inconstance. Ce n’est que
partie remise, bien sûr.
La seconde question est partagée par plusieurs lecteurs, qui me l’ont
posée sous diverses fomes mais, décidément, j’aime bien la tournure de
mon interlocuteur du jour, qui écrit :
« La parution de cette série d’articles dans TankZone m’amène à vous
poser une question : dans l’éditorial de GBM 78, vous exprimez votre
conviction qu’il y a “ continuité totale ”, sur le plan des matériels
de l’armée française, entre la Grande Guerre, et même la fin du XIXe
siècle, et la campagne de mai-juin 1940. Alors, puisque GBM est LA
revue dédiée à cette période, pourquoi ces articles n’y ont-ils pas été
publiés ? La réponse : “ parce que je suis le patron ” serait un peu
courte mais néanmoins acceptable. »
La suggestion est tentante, mais je choisis une autre réponse. À mon
tour sous la forme d’une question, posée à tous : quel article de
chaque numéro de GBM aurait-il fallu supprimer pour y loger ma série
sur les chars de la Grande Guerre ?
Pas facile, non ? Dans GBM, on aime tout et je ne peux pas rajouter indéfiniment des pages.
Moralité, ne nous plaignons pas que la mariée soit trop belle.
Aujourd’hui, le passionné de matériel français 1914-1940 n’est plus un
parent pauvre de la documentation. Il a, en abondance, du grain à
moudre. Mais gare à moi si je lui fais défaut.
Que GBM soit une fête
(éditorial de François Vauvillier écrit le 16 mars 2009 pour GBM 87)
Un instant de libation dans la crise mondiale, notre dévorante passion le mérite bien.
Avec ce numéro 87, je réponds à un désir qui a été exprimé à maintes
reprises ces derniers mois : puisque GBM est maintenant trimestriel,
pourquoi ne pas nous l’étoffer, nous l’épaissir ? Et bien, c’est fait.
Avec cent pages, voici un vrai menu de fête, arrosé comme il se doit
par une carte des vins que nous propose le 49e BCC et ses chars B aux
noms des grands crus de France.
La formule « plus » de GBM que vous avez entre les mains est aussi pour
moi l’occasion de donner corps à un projet qui, à en croire vos
courriers et les diverses interventions sur les forums, répond à une
réelle attente : un développement de la matière dévoilée dans
L’Automobile sous l’uniforme.
J’ai dit et écrit que la réédition en tant que telle de cet ouvrage
datant de 1992 n’était pas à l’ordre du jour. Je le maintiens : car si
le fond documentaire demeure, le propos nécessite une étoffe nouvelle,
une refonte de l’illustration et une mise en perspective historique.
Telle est l’approche que j’ai adoptée pour ce premier dossier
panoramique de GBM : prendre un sujet à son origine — l’aube de la
motorisation et 1914 — pour le conduire sans discontinuité jusqu’à
l’étape cruciale de 1940.
Voici donc, en commençant par le commencement, les motos solo de
l’armée française traitées sur leur premier quart de siècle
d’existence, historiquement le plus dense et le plus fourni.
Ceux qui possèdent leur exemplaire de L’Automobile sous l’uniforme
reconnaîtront l’approche et la construction du propos, mais il pourront
aisément constater que ce qui occupait à peine 7 pages émaillées de 18
photos, représente aujourd’hui 24 pages et 80 illustrations, dont
seulement une douzaine d’incontournables reprises. Et tous, que vous
ayez ou non l’ouvrage d’origine, vous disposez maintenant, avec ce
numéro, de l’ensemble de l’information initiale, mise à jour, complétée
et réorganisée pour une présentation encore plus synthétique du sujet,
tout en incluant nombre de modèles qui n’avaient pas encore été
documentés.
Certes, je vous demande un effort sur le prix de votre magazine préféré, devenu trimestriel.
Mais mesurez bien la densité et l’originalité de la documentation que
vous obtenez en contrepartie, ainsi que le caractère unique de GBM.
Nous sommes ici dans l’introuvable ailleurs. Pour nous tous, ce
magazine, le nôtre, est une fête.
Deux chenilles, deux histoires parallèles
(éditorial de François Vauvillier écrit le 15 décembre 2008 pour GBM 86)
En bouclant ce numéro de GBM, après avoir entamé simultanément dans
notre nouveau bimestriel Tank Zone une saga sur les chars français de
la Grande Guerre, je souhaite partager avec vous ma réflexion sur le
fond du sujet : la chenille, les chars et les tracteurs d’artillerie
sont historiquement inséparables. Pour cette raison, il est plus facile
de mener de front deux études qui se développent en parallèle —
exactement comme dans la réalité —, que de traiter un jour l’une, et
beaucoup plus tard l’autre.
Par ailleurs, nous avons coutume, dans les colonnes de GBM, de faire du
« franco-français », ce qui est la raison d’être de votre magazine
favori. Cependant, en matière de chenilles, même si nous pouvons lancer
un coup de chapeau à l’illustre Clément Ader et à l’obscur capitaine
Levavasseur, force est de reconnaître à nos amis britanniques la
primeur de l’application du procédé à un tracteur automobile, et à nos
amis américains de l’avoir développé et commercialisé avec succès, en
tant que machine agricole. Je résume à grands traits dans ce numéro la
naissance de ce mode de propulsion convenant seul au terrain
bouleversé. Il permettra à la France de se doter d’une artillerie
spéciale — les chars, fort connus — mais aussi d’étonnants tracteurs
chenillés qui le sont infiniment moins. À cet égard, il revenait bien
sûr à GBM, le magazine de l’inédit, d’accueillir la partie la plus
ardue de ce grand et noble sujet : l’arrivée presque fortuite puis
l’expansion de la chenille dans l’armée française.
Pour finir sur une note plaisante en cette période d’étrennes et de
trève des confiseurs, voici enfin les reliures que vous avez été
nombreux à demander. J’ai eu le plaisir de mettre en place dans la
mienne les douze premiers numéros de GBM. Et bien, voilà le premier
tome d’une Encyclopédie qui pèse son poids.
Prochain numéro : GBM 87 le 31 mars
GBM devient trimestriel...
(éditorial de François Vauvillier écrit le 18 septembre 2008 pour GBM 85)
Chers abonnés, chers lecteurs,
Autant commencer par cette nouvelle. Maintenant, en voici les raisons, sans langue de bois.
En ma qualité de président-directeur général d’Histoire &
Collections, je me dois avant tout à mon entreprise ; et il m’est
nécessaire de libérer plus de temps pour la conduite des affaires et la
politique rédactionnelle d’ensemble.
Précisément, Histoire & Collections lance, au moment même de la
sortie de ce numéro de GBM, un nouveau magazine bimestriel sur
l’histoire des blindés des principaux belligérants (Allemagne,
États-Unis, Grande-Bretagne, Union Soviétique, etc.). Ce magazine, qui
s’appelle Tank Zone (sous-titre blindés • canons • moteurs), comprend
des sujets français (dans le premier numéro, l’artillerie divisionnaire
en 1940 et les automitrailleuses en Indochine 1945-1954), car j’ai
voulu que la France soit présente aussi, et largement, dans un magazine
d’H&C à sujets internationaux.
Mais d’autre part, je ne veux à aucun prix modifier la politique
rédactionnelle de GBM que vous aimez et que j’aime, et je veux aussi
continuer d’apporter à GBM ce soin infini que vous percevez dans
chacune de ses pages. Or, ce soin requiert, c’est logique, un temps
infini de réalisation, que je tiens à assurer personnellement.
C’est pourquoi, face à cet ensemble de données, j’ai pris la décision
de trimestrialiser provisoirement GBM, le temps d’installer notre
nouveau titre, le temps aussi d’organiser les nouveaux contours de
notre rédaction.
Pour GBM, rien ne change au niveau des abonnements, qui continuent
d’être pris pour six numéros. Et rien ne change, bien sûr, quant à son
contenu : toujours la qualité optimale, et toujours une focalisation
sans partage sur vos, sur nos, sujets favoris qui en font la
spécificité.
Ce numéro renferme, en pages centrales, l’index des deux premières
années. Une étape considérable. Déjà l’œuvre prend ses contours, nous
avons des années devant nous. Et je fais mienne cette phrase que je lis
en bas de presque tous vos courriers : oui, longue vie à GBM !
Prochain numéro : GBM 86 le 30 décembre
GBM devient GBM
(éditorial de François Vauvillier écrit le 16 juillet 2008 pour GBM 84)
« Ressemble à ce que tu es », disaient avec sagesse les Anciens.
Depuis maintenant presque deux ans, Histoire de Guerre, Blindés &
Matériel s’est imposé auprès des passionnés qui savent exactement ce
qu’ils vont y trouver : une « doc infernale, incroyable, stupéfiante »
— comme le répète en leitmotiv votre courrier — sur des sujets
impossibles à trouver ailleurs dans la presse spécialisée.
Ce numéro 84 marque un nouvel approfondissement de notre politique
éditoriale consistant à puiser aux archives directes (constructeurs,
établissements, unités, anciens) la substance qui fait de GBM ce
magazine unique, littéralement truffé de photos inédites, de profils
créés spécifiquement et de textes historiques et documentaires jamais
lus nulle part auparavant.
À cet égard, l’article sur les autos blindés ACG1 du corps de cavalerie
belge de 1940 est particulièrement exemplaire de l’approche de GBM,
puisqu’il s’agit du fruit de deux recherches en archives menées pendant
plusieurs années en parallèle, à Bruxelles et à Paris, et qui se sont
trouvées réunies pour qu’enfin soit écrite la vérité sur ce sujet
passionnant.
Nous évoquons la couverture, restons-y. La forme graphique de notre
logo jusqu’au dernier numéro créait une certaine hésitation : le titre
de votre magazine favori était-il l’ancien Histoire de Guerre, ou le
nouveau Blindés & Matériel, ou la synthèse des deux ainsi que je le
conçois ?
Conscient de ce problème, j’ai dès l’origine imposé, dans les textes,
les notes, les renvois, le sigle GBM. Et avec ce n° 84, j’ai pris la
décision d’aller au bout de la logique, en traduisant graphiquement ce
qui est devenu pour tous une facilité de langage fort commode. GBM
devient donc GBM. Vous n’y serez pas perdus, puisque vous y êtes chez
vous.
NOTRE COMMUNAUTÉ
(éditorial de François Vauvillier écrit le 16 mai 2008 pour GBM 83)
Depuis le lancement de GBM, j’ai pu apprécier l’impact très profond du magazine dans les principales composantes de son public.
D’une part les amateurs d’histoire militaire pointue et exigeante : la
grande histoire, l’histoire des unités et des opérations, mais aussi
les histoires des lieux, les histoires des hommes et des destins
individuels. Des lecteurs qui, souvent — presque toujours même —,
puisent leur passion pour le sujet dans le creuset familial et dans la
mémoire de nos pères. À cet égard, GBM s’inscrit, avec humilité et
respect, dans la réalité d’un enracinement perceptible au plus haut
point à travers le courrier que vous nous adressez.
D’autre part les passionnés de maquettes, à qui ce magazine fournit
tant de nouveaux sujets d’inspiration et des détails d’une extrême
précision sur les véhicules et les matériels, leur permettant de
réaliser des modèles réduits à leurs échelles favorites, en
s’approchant du « zéro défaut ». J’écris « s’approchant » car, en
maquettes comme en profils et illustrations couleurs (encore une
cinquantaine dans ce numéro), l’absolue perfection demeure cet horizon
dont la désagréable particularité est de rester toujours au loin,
malgré les pas de géant que l’on fait vers lui.
Dans ce portrait du lectorat de GBM, je m’en voudrais de ne pas
reconnaître aussi les passionnés de matériel grandeur nature qui,
encore trop peu nombreux sur les thèmes français, préservent et mettent
en valeur un patrimoine historique et technique de premier plan. À ce
sujet, un scoop attend tous nos lecteurs page 9 de ce numéro 83.
Enfin, tout près de nous, il est un important lectorat qui a partagé
avec notre pays les épreuves des deux guerres mondiales et qui nous
fait l’amitié de s’intéresser à GBM. Et bien, c’est avec joie que
j’annonce l’ouverture de la frontière sur le Quiévrain. Dans ce numéro,
un premier article, à caractère stratégique, met en relief la
problématique de la Belgique dans les années qui précèdent la Seconde
Guerre mondiale. Et, dans notre prochain numéro, place au matériel,
avec un sujet franco-belge de poids, l’ACG 1.
Aujourd’hui, le mot à la mode est communautés. Je ne l’aime guère
ainsi, je le préfère au singulier. LA communauté de GBM me va bien.
POTION D’AVRIL
(éditorial de François Vauvillier écrit le 14 mars 2008 pour GBM 82)
Si GBM était un quotidien, il serait facile d’y glisser l’un de ses
poissons qui font la tradition du 1er avril en général, et du noble
métier de journaliste en particulier.
Mais dans le cadre d’un bimestriel d’histoire technique, l’exercice est
plus délicat. Je me souviens pourtant d’avoir lu et vivement apprécié,
il y a un bon moment déjà (euphémisme), dans un magazine mensuel
d’histoire aéronautique par ailleurs fort sérieux et réputé,
l’édifiante histoire d’un curieux avion prototype allemand d’avril
1945, le « Klagenfurt Kl 293 » (ou quelque chose d’approchant, les
fanatiques d’aviation le retrouveront aisément) qui présentait
l’étrange particularité de décoller au bout d’un cable, sous l’effet de
la force centrifuge : un dossier bien ficelé, si j’ose écrire. Je me
suis fait balader pratiquement jusqu’au bout de l’article en question.
Mais ce n’est pas le type de poisson que je souhaite voir nager dans
les pages de GBM. Et si je suis enclin à laisser l’esprit vagabonder
autour de nos thèmes de prédilection, je préfère que ce soit à travers
des projets techniques bien réels même s’ils n’ont pas abouti (comme
notre série en cours sur le char G 1, dont l’achèvement est reporté au
prochain numéro), ou par le développement d’hypothèses historiques
fondées, telle celle du « 15 mai 1940 » exposée dans GBM 81.
Mais dans ce numéro-ci, parce que justement c’est un numéro d’avril, il
n’y a rien, absolument rien qui ne soit de stricte réalité :
l’invraisemblable tracteur six roues Saurer 1939 à moteur central (page
17) est véridique, même si les traces photographiques en sont, pour
l’heure, fragmentaires. La liste des AMD de l’escadron dépeint par Guy
de Chézal dans son célèbre ouvrage (page 50) est une réalité romancière
de l’époque. Le premier régiment d’artillerie de 75 porté sur tracteurs
Jeffery a bel et bien été créé un 1er avril (page 25). Il a bien existé
un « éléphant de Normandie » (page 73) qui demeure une énigme. Et il
s’est bien trouvé un auteur pour prédire avec force que 1940 serait «
une année de grandeur française » (page 6).
Le dernier dossier évoqué, dont toutes les citations sont, au mot près,
la transcription d’extraits de l’opus original, sera, à votre attention
chers lecteurs, ma potion d’avril.
DEUX ECLAIRS, UN FATAL
(éditorial de François Vauvillier écrit le 16 janvier 2008 pour GBM 81)
À l’intérieur du champ d’investigation serré de GBM, et du fait même de
cette concentration, la très grande diversité des sujets et des
approches est l’un des points qui m’importent le plus.
Si le matériel blindé, comme l’on peut s’y attendre, tient la vedette,
je fais toujours en sorte que le sommaire de chaque numéro reflète la
gamme étendue du matériel employé par l’armée française dans les deux
guerres mondiales. Éventail certes encore terriblement partiel, nombre
de sujets très importants n’ayant pas encore été même effleurés.
Pourtant, que de chemin déjà parcouru. Par exemple, dans le domaine de
la radio, l’étude systématique des différents postes. Ou, pour
l’artillerie, le passage en revue, tous les deux mois, d’un modèle
significatif. Aujourd’hui, quel plaisir de traiter ce chef d’œuvre
technique qu’est le 155 GPF, matériel choisi en 1917 par les États-Unis
pour doter leur jeune armée et qu’ils maintiendront en service, comme
nous, pendant près d’un quart de siècle.
À côté de ces héros d’acier, objets animés ou inanimés qui ont — nous
le savons — leur âme propre, il y a les hommes, dans leur immense
diversité mais tous confrontés à la guerre.
Il y a ceux dont le métier est de la faire, qui s’y préparent ou qui la
préparent, avec des fortunes diverses et, hélas pour nous en 1940,
malheureuses au plus haut niveau. Pourquoi l’éclair de raisonnement du
général Gamelin à l’aube du 15 mai ne s’est-il pas accompagné de la
trempe qui fait le chef de guerre ? Derrière notre généralissime,
l’ombre d’un Joffre n’a pas percé. Le « mystère Gamelin » a coûté cher
à la France et au monde libre.
Et il y a ceux, les plus nombreux, qui s’y trouvent plongés par le
hasard et la nécessité et portent sur la chose militaire le regard de
Candide. Ainsi le docteur Henry Fleury, jeune médecin généraliste
exerçant à Saint-Symphorien en 1939, mobilisé au 7e BCC, témoigne en
termes imagés de sa guerre. En lisant ses regrets, d’une part que
l’armée n’ait pas conservé en 1939 les vieux Berliet de 14-18 « plus
sûrs », et d’autre part que son ami le lieutenant de Tchaguine « bien
entendu, n’a et n’aura pas sa dotation complète » de canons antichars
dernier modèle, je me suis dit in petto : voilà encore un paradoxe bien
de chez nous.
En automne 1914, l’armée française manquait de TOUT. Qui s’en souvient
? Un an, puis deux ans, puis quatre ans d’un effort industriel sans
précédent l’ont transfigurée. En 1940, la même mutation l’attendait,
bien plus vite. Mais la guerre fut plus rapide encore. Comme l’éclair.
L’AN DEUX A DÉBUTÉ
(éditoral de François Vauvillier écrit le 19 novembre pour GBM 80)
Ce numéro 80 ouvre la seconde année de GBM. Une première démonstration
est faite : notre sujet favori ne s’est pas épuisé en six numéros et
cinquante articles. Confidence, je n’avais aucune espèce d’inquiétude à
ce sujet.
La seconde démonstration était moins évidente : y aurait-il
suffisamment de lecteurs pour justifier le maintien d’une formule aussi
spécifique, aussi pointue ? Et bien la réponse est OUI. Certes, la
cocarde tricolore fait moins recette que la croix noire ou l’étoile
blanche mais, cela aussi, je le savais. L’important était de faire
entendre une voix innovante. Cette voix est entendue.
L’aboutissement de cette première année de parution se traduit aussi
par le cycle des réabonnements. Ce point est essentiel pour l’équilibre
économique de GBM : je tiens à vous garder. Aussi, après un document
très rare sur le char Somua S 35 , je vous ai déniché un petit joyau,
le catalogue complet, extrêmement recherché, des tous terrains Laffly
en 1939 . Je me souviens, lorsque j’ai vu pour la première fois ces
petites roues d’avion si caractéristiques sur le museau de ces
véhicules qui m’étaient alors inconnus, m’être dit : « étrange, quelle
drôle de gueule. Mais au fond, quelle gueule ! ». Les Laffly
appartiennent, avec bien d’autres matériels de diverses marques, à
cette « cité disparue » dont nous retrouvons un à un les fragments à
travers les pages de GBM.
Mais revenons aux considérations plus terre-à-terre : ce magazine a
besoin du soutien d’un nombre croissant d’abonnés. Aussi, d’une part je
remercie par avance TOUS les abonnés actuels de se réabonner, d’autre
part j’en appelle aux nombreux lecteurs qui ne le sont pas encore.
C’est pourquoi, exceptionnellement, dans la mesure des stocks
disponibles et sans léser les premiers fidèles (1), les 250 nouveaux
abonnements pris à partir d’aujourd’hui comprendront les deux
fac-similés, Somua et Laffly. Au vu de votre courrier, l’enthousiasme
pour GBM est profond, continu, régulier, il ne s’est pas essoufflé
passé les premiers numéros. Ceci me touche beaucoup. Et bien, chers
lecteurs, chers passionnés comme moi, il ne vous reste qu’à traduire
votre ferveur par un abonnement. À vous tous qui souhaitez longue vie à
GBM (ce dont je vous remercie), soyez assurés que c’est le meilleur
moyen.
Note (1) J’entends déjà les premiers abonnés me dire : Et nous, et
nous, à quoi avons-nous droit ? Par mesure d’équité parfaite, les
fidèles qui auraient, par exemple, renversé par mégarde un pot de
peinture vert olive sur leur fac-similé Somua, ou dont le bambin aurait
confondu les tracés du bureau d’études de Saint-Ouen avec un album à
colorier, pourront en redemander un second sur leur coupon
d’abonnement. Leur demande sera accueillie avec bienveillance.
UN GIGANTESQUE PUZZLE
(éditorial de François Vauvillier écrit le 19 septembre 2007 pour GBM 79)
Les petites flèches qui, au détour des textes et des notes, émaillent
nos pages de minuscules signaux rouges, ont l’heur de plaire. Avant la
publication, chacune d’elles, à placer au bon endroit, à bon escient,
me fait penser que le travail entrepris dans GBM est une sorte de
puzzle, composé de milliers de morceaux. Certains sont immédiatement
accessibles, d’autres demandent un peu de mal, quelques-uns relèvent de
la bibliophilie ; d’autres enfin, ouvrant sur l’immatériel, renvoient à
des études ultérieures. Et le tout forme une gigantesque construction
dont les éléments se mettent en place, assez naturellement, même si la
matière semble complexe au premier abord.
C’est un peu comme dans un musée archéologique. Vous vous baladez de
vitrine en vitrine, vous voyez des objets complets, immédiatement
compréhensibles et qui parlent d’eux mêmes. Et puis, l’on vous présente
aussi des petits bouts cassés, plus ou moins indistincts, auxquels vous
ne prêtez pas forcément attention la première fois. Mais une étiquette
vous dit : " attention, ceci est un rare fragment de cela ". Et le "
cela " dont il est question, un panneau vous le montre un peu plus
loin, sous forme d’un croquis sur lequel tout est mis en place
logiquement, de façon limpide.
Et bien, les sujets de GBM obéissent à la même règle : ils sont épars,
mais ils s’assemblent. Dans le temps (de leur origine à leur fin) et
dans l’espace (la manière dont ils se cotoient, se répondent,
s’organisent les uns par rapport aux autres).
L’intérêt d’un magazine, plutôt que d’un livre, est de pouvoir offrir,
en vitesse accélérée — et dans la motorisation, on aime la vitesse —,
un aperçu varié de l’ensemble des sujets. Mais l’avantage d’un livre
est le caractère pérenne, global, quasiment exhaustif, qu’il confère au
sujet traité.
En matière de magazine, GBM est un cas à part, un " cas " tout court.
C’est en vérité un grand livre à petits épisodes, sur un très vaste
sujet (néanmoins homogène), sortant avec une parfaite régularité. Un
auteur de GBM me disait : " Finalement, l’Encyclopédie de l’Armée
française paraît, maintenant, tous les deux mois...".
Dans un sens, cet éminent spécialiste — que je ne nommerai pas pour ne
pas troubler sa modestie légendaire — a raison. Mais cela ne me fait
pas perdre de vue l’intérêt que présentent les livres, et la nécessité
de les sortir, eux aussi. Surtout ceux qui ont été annoncés...
UN REGARD NEUF
(éditorial de François Vauvillier écrit le 16 juillet 2007 pour GBM 78)
Tout récemment, j’ai reçu le courriel fort sympathique d’un lecteur qui
m’expliquait avoir acheté les quatre premiers numéros de la nouvelle
formule du magazine du fait des sujets sur la Grande Guerre et —
c’était là le but principal de son message — me demandait s’il pouvait
« s’abonner à GBM, sans crainte que les articles sur 1914-18 ne
disparaissent ». Je l’ai rassuré sur le champ, en lui confirmant ce qui
fait l’essence même de notre magazine : la filiation logique, le
continuum absolu, que l’on constate sur le plan des matériels de
l’armée française, depuis la fin du XIXe siècle (artillerie du système
de Bange puis à frein hydropneumatique, débuts de la motorisation, de
la TSF et des services « modernes ») jusqu’à la campagne de mai-juin
1940. Du plus tôt où je me suis intéressé à notre armée de cette
époque, ce point m’avait frappé : continuité totale.
Il est même, tout simplement, impossible d’expliquer et de détailler la
situation matérielle de l’armée de terre en 1939 — en quelque domaine
que ce soit — sans regarder un quart de sècle en arrière, car tout est
parfaitement et intimement lié.
Par ailleurs, il n’y a pas 14-18, puis un grand blanc, puis 39-40. La
période de l’entre-guerres, un peu tristounette et sans grand relief il
est vrai dans les casernements du pays, représente un gisement
richissime d’idées, d’études, de projets, d’expériences, de
réalisations, de déploiement sur le terrain, si l’on veut bien se
donner la peine de porter aux hommes et aux choses un regard neuf.
Ce numéro-ci en donne la juste mesure, sur les deux aspects « recherche
et développement » d’une part, « opérations » d’autre part.
Concernant la R&D comme l’on dit en hexagonal courant, nous avons
dans ce numéro un sujet traduisant la pensée d’un homme seul — le
testament du général Estienne —, et un très gros et très important
sujet — le char de 20 tonnes —, futur char G 1, matériel qui eut été,
n’en doutons pas, le véritable char de bataille de l’armée française à
l’horizon 1942-1943.
Sur les opérations de l’entre-guerres, c’est avec beaucoup de fierté
que nous exhumons de l’oubli une opération de guerre rapide « à la
française, en vitesse », utilisant d’importants moyens motorisés sous
blindage. C’était au début de 1934 dans le sud marocain, quelques mois
après la naissance, en Champagne, de la DLM, quelques mois avant la
sortie de Vers l’armée de métier.
C’est cela que vous offre GBM : la mise en perspective du matériel, des
idées, des opérations. Et un regard neuf sur de bons vieux sujets.
POURQUOI TANT DE PEINE
(éditorial de François Vauvillier, écrit le 18 mai 2007 pour GBM 77)
La sortie du numéro 77 de GBM correspond aux premiers jours de juin,
quand l’insouciance revient, avec les signes annonciateurs de l’été.
Mais en 1940, les premiers jours de juin, c’était ceux de la fin du
camp retranché du Dunkerque, qui a vu disparaître les plus belles
unités moto-mécaniques de l’armée française. C’était ceux aussi des
tentatives de résorption de la tête de pont d’Abbeville, où deux
divisions cuirassées ont été consommées tour à tour sans profit, en
s’épuisant contre des positions d’infanterie.
Puis, juste après, le 5 juin avant l’aube, c’était le début de
l’offensive allemande sur le cœur du pays, offensive qui ne s’arrêtera
qu’avec la signature de l’armistice.
Compte tenu de l’analyse réaliste du rapport de forces d’alors, il est
légitime de se demander si les sacrifices consentis sur la ligne
Somme-Aisne, dans les « hérissons » de la ligne Weygand, ont servi à
quoi que ce soit. La « guerre de Quarante » avait sans doute déjà été
perdue les 13-15 mai sur la Meuse, ce qui se passerait ensuite n’étant
que les soubresauts d’agonie d’un système militaire bousculé par le
vent de l’Histoire. Peut-être tant de peine n’a-t-elle servi à rien...
Mais peut-être aussi qu’au pays de Jeanne d’Arc, on aime croire aux
miracles. Tenir, tenir pour durer, était, le 5 juin 1940, un défi qui
ne manquait pas d’inspiration. Beaucoup y ont cru, qui sont tombés les
armes à la main, sur leurs positions. Leur nouveau chef leur avait dit
: « le sort de notre Patrie, la sauvegarde de ses libertés, l’avenir de
nos fils dépendent de votre ténacité... ». Et ils ont fait leur devoir,
parce que le faire était naturel.
Deux tiers de siècle se sont écoulés depuis cette bataille perdue, et
la blessure de 1940 demeure très vive, même chez ceux — le plus grand
nombre de nos lecteurs et toute l’équipe de GBM à l’exception de notre
aîné Roger Avignon — qui ne l’ont pas subie, pas vue de leurs propres
yeux. Est-ce cette blessure collective qui explique l’intérêt suscité
par la période ? Dans les pages de GBM, à travers la description du
matériel, les récits et les témoignages sur le déroulement des
opérations, à travers aussi la vigueur de vos courriers sur l’emploi et
la doctrine, et sur la stigmatisation des fautes, se fait jour la soif
de savoir et l’appétit de comprendre : pourquoi 1940, comment 1940.
Voilà, au fond, ce qui donne tout son sens à GBM. Voilà ce qui vaut tant de peine.
L'ARMEE FRANCAISE A l'HONNEUR
(éditorial de François Vauvillier, écrit le 16 janvier 2007 pour GBM 75)
Merci à vous tous d’avoir réservé un accueil aussi chaleureux à notre
dernier numéro, qui était aussi le premier de la nouvelle formule
"Blindés & Matériel", 100 % français.
La rédaction a reçu, en même temps qu’une avalanche d’abonnements, un
nombre impressionnant de lettres et de courriels, enthousiastes pour la
plupart, dont les pages 4 et 5 du nouveau numéro (GBM 75) donnent une
idée.
Pour ma part, je n’ai pas connu une telle joie à l’ouvrage depuis bien
lontemps. Je retrouve — et cela me ravit — l’ambiance de la sortie de
Militaria Magazine (1984) et de Charge Utile (1992), deux revues dans
lesquelles je m’étais personnellement investi au plus haut point et
qui, d’une certaine manière, ne sont pas étrangères à GBM, avec cet
éclairage particulier que donne la fusion entre la « chose militaire »
et la technique automobile et industrielle. Une savante alchimie faite
de chair et de métal, de vraie et grande Histoire avec tous les petits
à-côtés qu’elle a suscités, et aujourd’hui toutes les approches
différentes qui concourent, bien sereinement, à notre passion partagée.
Ce numéro 75 s’ouvre aux questions stratégiques (avec une mise en
perspective de la manoeuvre Dyle-Breda), et marque un développement de
l’étude du matériel français de la Grande Guerre : un sujet à la fois
magnifique par lui-même et quasiment inconnu, mais aussi essentiel pour
bien comprendre l'évolution du matériel français d'une guerre à l'autre.
Et bien sûr, ce numéro 75 regorge d'information techniques et
historiques sur nos matériels de 1939-1940, en confirmant sans états
d’âme son ancrage comme magazine d’histoire technique sur l’armée
française de la première moitié du XXe siècle. Et une armée qui bouge,
qui tire, qui se bat.
L’un de nos nouveaux abonnés nous a écrit cette belle phrase : « Quand
le risque est grand, la récompense est grande. Certes je ne suis pas un
professionnel de l’édition historique mais en tant que passionné, je
sais que nous sommes nombreux à avoir attendu CETTE revue. »
Et bien, moi qui suis un passionné ET un professionnel de l’édition, je
peux vous dire que le pari est difficile. Les amateurs de sujets
français n'occupent pas une position majoritaire. A l’enthousiasme des
mordus de toujours doit répondre l'adhésion des nouveaux venus à ces
sujets magnifiques, si injustement oubliés ou négligés.
Je demande donc à tous les passionnés, à tous ceux qui pensent qu'il
est utile, nécessaire, et juste, de consacrer enfin un magazine à
l'étude de nos matériels, d'aider puissamment GBM, par le
bouche-à-oreille, et grâce aux forums sur la toile.
GBM doit gagner en notoriété et en lectorat. Le « choix français » le mérite, son succès en dépend.
Le mot d’ordre est : Amateurs de Français, rassemblons-nous !
LE MAGAZINE DES PASSIONNÉS DE L'ARMÉE FRANçAISE
(message de François Vauvillier, 6 novembre 2006)
L’arrivée du magazine Histoire de Guerre au sein du Groupe de la
République a constitué, à l'automne 2006, un point de stabilisation
considérable dans le tourbillonnement de la presse spécialisée en
histoire militaire.
Dans ce domaine, beaucoup de titres se sont créés ces dernières années,
beaucoup de confrères ont cherché ou recherchent encore leur formule ou
leur lectorat. Certes, « le soleil brille pour tout le monde » et
chacun dispose de sa chance et de son talent pour réussir. Mais il
arrive que le ciel ne soit pas toujours bleu, il faut aussi être prêt à
cheminer seul sous l’averse, ou à rejoindre le gros des forces.
L’arrivée bienvenue d’Histoire de Guerre chez H&C, qui a pris effet
avec le n° 74 paru le 16 novembre 2006, nous a évidemment conduit à
réfléchir à son contenu rédactionnel. Du fait qu’H&C disposait
déjà, avec le bimestriel Batailles , d’un magazine de premier plan à
vocation généraliste sur la Seconde Guerre mondiale, la présence à ses
côtés d’un second titre trop voisin dans ses objectifs n'était pas
judicieuse. C’est pourquoi nous avons décidé de faire évoluer de
manière significative l'ancien Histoire de Guerre, en le libérant de la
contrainte d’un certain nombre de rubriques ou d’approches qui
trouvaient plus logiquement leur place dans Batailles . Tout ce qui
ressort d’une approche grande-historienne de la Seconde Guerre mondiale
a donc été reporté sur Batailles. Au contraire, Histoire de Guerre a
renforcé sa pertinence de longue date dans le domaine plus particulier
des engins blindés, des engagements de chars, de la guerre mécanisée et
du matériel militaire terrestre.
Avançant parallèlement à notre célèbre bimestriel SteelMasters — qui,
plus spécialisé dans le maquettisme, a montré néanmoins depuis 1994 la
voie dans tous les domaines du char et du matériel militaire —, nous
avons donc créé LA revue d’histoire des chars et du matériel militaire
qui manquait à l’éventail des publications d’H&C. C’est Histoire de
Guerre nouvelle formule porte le nom de
Histoire de GUERRE, BLINDÉS & MATERIEL (GBM)
Plusieurs grandes nouveautés sont intervenues à l’occasion de cette nouvelle formule, qui compte désormais 84 pages :
— GBM est maintenant bimestriel, car c’est le rythme qui convient pour
dévoiler dans chaque numéro des informations et des photographies à
mille lieues du « déjà vu ». De l’inédit, de la « doc » de première
main, des « tiroirs de l’inconnu », des récits de combats jamais
évoqués.
— GBM se consacre exclusivement aux sujets français. La richesse du
fonds d’archives dont la rédaction dispose nous le permet, nous le
commande presque. Nous en faisons un plaisir autant qu’un devoir vis à
vis de nos anciens qui ont eu l’honneur de combattre à bord de ces
appareils.
— GBM traite des blindés mais aussi du matériel au sens le plus large,
c’est-à-dire embrassant tout l’éventail des moyens militaires lourds
(canons, tracteurs d’artillerie, véhicules tous terrains et routiers,
franchissement, radio, etc.).
— GBM franchit les frontières de la Seconde Guerre mondiale pour
s'intéresser, en amont, à l’ « armée des machines et des moteurs » du
premier tiers du XXe siècle. L’extraordinaire matériel lourd de la
Grande Guerre — sa formidable artillerie, notamment — est présent dans
GBM, de même que toute la « poussière blindée » des années de
l’entre-guerre, sans oublier l’aspect doctrinal qui a présidé à la
naissance des grandes unités mécaniques, et toutes les facettes de la «
guerre des moteurs » : recherche de la mobilité, contraintes du
ravitaillement, des transmissions et du terrain, rythme des opérations.
Enfin, et ceci me concerne personnellement, GBM n'est pas, pour moi,
une revue de plus ajoutée au catalogue déjà très riche d’Histoire &
Collections. En reprenant ce titre, en le modifiant dans le sens que
j’ai indiqué, j'ai fait le choix d'en prendre, directement, la
rédaction en chef — et la rédaction d’une partie des articles — et non
sa seule supervision.
Sachez ma joie, après avoir délégué à plusieurs rédacteurs en chef de
grand talent les revues que j’ai fondées au fil des deux décennies du
développement d’H&C, de me retrouver à nouveau devant vous, en
première ligne, sans masque blindé ni bouclier, m’exposant à votre
jugement, et partageant avec vous ma documentation.
Je tiens dans les pages de GBM ma propre tribune, mon « blog » imprimé,
sous le titre du « Manifeste français » et aussi d'une Tribune libre.
J’y accueille tous les intervenants et répond autant que possible aux
questions, en particulier sur tel ou tel aspect du matériel, y compris
par un « je ne sais pas » sincère si la question me prend en défaut. Et
je vous fais confiance pour cela !
Car nous sommes, dans GBM, entre passionnés. Entre nous.